Atlas des paysages
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Description


Des paysages forestiers diversifiés

Allée forestière entre Dhuizon et Montrieux

Peuplement de pins sylvestres et sous-bois de fougères et de molinies     Bois de chênes et de bouleaux et sous bois de bruyères arborescentes

Sol sableux, les Hirtaignes, Chaon

La Grande Sologne, couverte de forêt à %, présente des paysages forestiers remarquablement diversifiés qui lui évitent la monotonie. Ils sont particulièrement révélés et magnifiés à l'automne lorsque les essences caduques se parent de couleurs chaudes, rehaussées par le vert des essences persistantes résineuses : selon les secteurs dominent le chêne, le châtaignier, le bouleau, le saule, le tremble, l'érable, le charme, le pin (maritime, sylvestre, laricio), le douglas, le sapin, l'épicéa, sans compter le cortège des arbustes et arbrisseaux qui les accompagnent.
Ce sont d'abord les sols - mais aussi, on le verra, l'histoire - qui expliquent à la fois la dominance de la forêt aujourd'hui et la diversité des peuplements. Il faut remonter à l'ère Tertiaire pour comprendre leur origine : la Sologne est en fait une zone d'affaissement de la plate-forme de Beauce, qui, au Miocène, a vu converger au sud du Bassin Parisien le réseau de la Loire moyenne. En usant au passage les pentes granitiques du vieux Massif Central, les eaux ont arraché les sables et argiles qui se sont accumulés dans la dépression Solognote, jusqu'à atteindre des épaisseurs de 300 mètres. Ce sont eux qui constituent les sols complexes de la Sologne aujourd'hui, pauvres, naturellement favorables à la forêt plutôt qu'à l'agriculture, globalement humides mais offrant des faciès secs à la faveur d'épaisseurs de sables mieux drainantes.
L'importance du lessivage, la profondeur de l'horizon d'accumulation d'argiles ou le degré d'imperméabilité forment, selon les cas, des sols bruns forestiers (peu lessivés, de bonne qualité), des sols podzoliques (lessivage important, coloration cendrée poussiéreuse, de mauvaise qualité), ou des sols à gley ou pseudo-gley (sols peu profonds imperméables gorgés d'eau, bariolés de taches noires, rouille ou vertes montrant l'accumulation de fer, support d'une végétation très spécifique). Les sols très secs et très lessivés sont souvent occupés par la lande à lichens tandis que des sous-bois à fougères aigle s'étendent sur les sols secs en surface et humides en profondeur.
L'histoire récente s'ajoute aux conditions naturelles pédologiques pour expliquer la dominance actuelle du paysage forestier en Grande Sologne. Comme les Landes de Gascogne, cette zone humide réputée malsaine au XIXe siècle, où le paludisme sévissait encore, a fait l'objet d'une forte politique de boisement à partir du Second Empire. Au commencement de ces ambitieuses opérations de plantations, la Grande Sologne présentait un visage bien différent de celui d'aujourd'hui, avec une forêt ne couvrant que 16% des surfaces. Les landes et les parcelles cultivées diversifiaient alors les types de paysages.


Route forestière bordée de peuplements de feuillus aux couleurs automnales, RN 20, nord de Salbris     Route forestière bordée de peuplements de résineux au sombre couvert, entre Saint-Viâtre et Nouan-le-Fuzelier

Couvert forestier partagé entre pins sylvestres, chênes et châtaigniers, Marcilly-en-Gault

Le pin maritime, puis le pin sylvestre ont été plantés en masse, s’accommodant bien des sables qui recouvrent une grande partie des formations géologiques de la région. Mais la Sologne, à la différence des Landes, a conservé une forte proportion de peuplements feuillus. Ainsi la chênaie claire acidophile, composée de chênes, de charmes, de trembles et de bouleaux blancs, se développe bien sur les sols acides de Sologne.
Deux massifs se distinguent cependant. Au nord-ouest, à proximité de Blois, la Forêt domaniale de Boulogne est principalement destinée à la production de chêne de grande qualité et présente une futaie régulière sur 3200 hectares depuis plus de sept siècles. La Forêt domaniale de Chambord bénéficie d’un  statut de réserve cynégétique  et de chasse présidentielle. François Premier en avait déjà fait une chasse royale sous son règne. Elle est conduite en taillis-sous-futaie, le gibier entretenant les strates arbustives et herbacées. 

Depuis le XVIIIe siècle, la structure foncière de la Sologne est devenue très caractéristiques des grandes régions forestières : des surfaces considérables sont possédées par un petit nombre de grands propriétaires qui dominent ainsi le pays. Au total, 85% des boisements sont privés.

Un plateau aux vallonnements discrets

Léger coteau de la vallée du Cosson à Crouy     Le Beuvron, parcourant la forêt, à Neung-sur-Beuvron

Rare paysage de vallée, la Sauldre, sud-ouest de Romorantin-Lanthenay

La Grande Sologne est souvent décrite comme secrète : les arbres dominent partout, engloutissant les implantations humaines : le relief très peu accidenté empêche le regard de dominer la masse boisée.  Le profil de plateau incliné d'est en ouest n'est interrompu que par de larges vallonnements aux coteaux doux et discrets, drainés difficilement par une multitude de cours d'eau (Sauldre, Beuvron, Cosson, Néant…) et amollis par la nature sableuse et argileuse des sols. La plus grande partie du pays est ainsi constituée de larges interfluves plats séparant des vallées peu marquées, surplombant de quelques mètres seulement les eaux, allongés d'est en ouest pour rejoindre les terrasses sud de la Loire.
Seule la Sauldre, au sud-est, est légèrement encaissée : les versants sont en pente forte et les dénivellations sont souvent supérieures à 25 mètres. Ailleurs, les interfluves bas et les versants en pente très faibles sont trop discrets pour ne pas être masqués par les boisements ; c'est là que l'on compte également le plus d'étangs, autour de Nouan-le-Fuzelier, Saint-Viâtre et Marcilly-en-Gault.

Une myriade d'étangs discrets

Etang des Guigneaux, bordé de roseaux, Millancay     Etang de la Courtilière, visible depuis la chaussée qui en barre le cours, la Marolle-en-Sologne

Etang d’Ambon, discrètement lové au creux de la végétation, Chaumont-sur-Tharonne     Etang de Souvigny-en-Sologne, valorisé entant qu’espace public

Les étangs de Sologne forment une myriade de taches d'eau qui trouent la toison forestière de Grande Sologne. La concentration la plus importante concerne un secteur d'environ 30 000 hectares dont le cœur se situe sur les communes de Marcilly-en-Gault, de Millancay et de Saint-Viâtre. Il représente à lui seul 10% de la superficie totale des étangs français. Si les cartes ou les photos aériennes témoignent de leur présence, ils restent étonnamment peu perceptibles depuis les routes ou les chemins qui sillonnent la Grande Sologne. Environnés de bois, éloignés des voies de circulation, pris dans de vastes propriétés privées, ils se dérobent au regard, absents du grand paysage, composant plutôt des sites intimes et secrets. Il faut le passage d'une route sur une «chaussée» (digue) pour qu'ils se laissent deviner au travers des feuillages.
Les étangs, ainsi isolés et au calme, souvent entourés d'importantes roselières, parfois ponctués de touffes d'iris faux acores ou envahis par les renoncules blanches, ceints d'un élégant écrin boisé, présentent une grande richesse paysagère et écologique. Leurs ambiances, leurs lumières, évoluent selon la saison et l'heure. Ils servent à la fois de lieux de passage et de reproduction pour les oiseaux, qu'ils soient migrateurs ou non (canards, grèbes, mouettes, hérons, guifettes, rapaces, etc.) et d'habitat pour de nombreux mammifères.
La valeur « naturelle » qu'on leur reconnaît aujourd'hui est pourtant … artificielle. La création des étangs Solognots remonte au Moyen-Age, lorsque la lande surpâturée par les troupeaux de moutons et les bois défrichés par les moines pour la mise en culture, ont transformé le pays en véritables marécages. Afin de maîtriser la remontée de l'eau en surface, les étangs ont été creusés : une chaussée munie d'une écluse en travers d'un cours d'eau suffit à maintenir une nappe d'eau qui prend une forme triangulaire.

Une activité cynégétique intense qui contribue à dessiner le paysage Solognot

Culture à gibier produite en lisière des bois , Forêt Domaniale de Vierzon

Mirador installé en lisière de forêt, le long d’un couloir de tir     Bois privé marqué par les signes de la chasse : clôture grillagée, bande de maïs attirant le gibier, miradors, couloir de tir

La chasse est reine en Grande Sologne et les paysages forestiers sont marqués par cette activité : les lisières enherbées, parfois semées de « cultures à gibiers », accompagnent les routes et participent à la valorisation de la traversée de la forêt, tandis que les longues allées forestières, utilisées comme couloirs de tir, créent des perspectives et incitent à la promenade. Des postes de tirs perchés, construits en bois, jalonnent les lisières. Cependant, d'autres signes de l'importance de la chasse peuvent être perçus de manière plus problématique : les grillages, venant clore de vastes propriétés pouvant aller jusqu'à 1 500 hectares, sont les symptômes récents d'une économie particulièrement développée. Le grand gibier, dont la présence repose en partie sur l'élevage, se croise désormais davantage à l'intérieure de chasses grillagées. De nombreux élevages alimentent les bois en gibiers, contrebalançant une surexploitation des ressources cynégétiques. Ce phénomène, conforté par une demande puissante émanant de la région parisienne (1/4 du territoire cynégétique solognot est possédé par des Parisiens résidant dans un rayon d'un kilomètre autour de la Place de l'Etoile en 1980 – source : Sologne, l'homme et la nature, J. Hesse), cause un déséquilibre important au sein de la forêt, tant du point de vue écologique qu'économique.

Une activité agricole en recul

Le travail au champ, en Sologne au début du XXe siècle, Carte postale

Culture d’asperges se prêtant bien aux sols légers et sableux de Sologne     Paysage de Bocage au sein d’une clairière, Neuvran, commune de Chaon

Clairière pâturée par les moutons, Neung-sur-Beuvron

Les bois solognots s’ouvrent par endroits en clairières, diversifiant alors les ambiances : originellement pâturées ou couverte landes, elles sont aujourd’hui également dévolues aux cultures céréalières ou maraîchères grâce aux intrants.
Entre les parcelles, des haies résiduelles d’un bocage se dressent encore parfois. Certains secteurs apparaissent plus particulièrement préservés, entre la Sauldre et Châtres-sur-Cher, et en particulier sur les rives de la Petite Rère.

Friche gérée pour la chasse, Forêt domaniale de Vierzon     Rive gauche du Beuvron, en voie d’enfrichement, Neuvy

Globalement, l'emprise des espaces ouverts est en recul. La transformation progressive des prairies en labours est une dynamique observable en Sologne comme sur une grande partie du territoire national ; mais ici, les surfaces agricoles ne se stabilisent pas pour autant. La difficulté de production liée à la mauvaise qualité agronomique des sols, la puissance économique de la chasse et l'absence de candidats à la reprise des terres agricoles, sont des phénomènes qui ont participé au recul des surfaces cultivées de 17% entre 1979 et 1988. Aujourd'hui, le département perd en moyenne 1000 hectares de surfaces agricoles par an au profit de la forêt, dont une part importante est liée à l'enfrichement des parcelles en déprise dans le sud du département (source : DDAF 41 – Service de l'Aménagement et de l'Environnement). La carte des espaces boisés le fait nettement apparaître. Aussi assiste-t-on peu à peu à la fermeture de nombreuses clairières, et avec elles, des paysages ouverts de Sologne. 

Des villages soignés, logés au cœur des clairières

Village en clairière de Souesmes
La Sologne présente des formes d'habitat variées, se répartissant de façon relativement homogène entre petits bourgs denses, hameaux groupés et fermes isolées, toujours logées au cœur de clairières exploitées.

Métairie de Migeraux, vaste corps de ferme installé au milieu d’une clairière, Lorreux

Ces structures sont en partie héritées du Moyen-Âge, époque à laquelle les serfs étaient amenés à se regrouper en « personneries » ou « frèrèches » afin de mettre en commun la main d’œuvre et d’alléger les redevances au seigneur. Artisans et paysans constituaient des petites cellules autonomes au sein de la forêt, ne se rendant en ville que pour chercher le sel et le fer. Ainsi se sont formées de petites unités bâties disséminées sur l’ensemble du territoire. Ces organisations ont produit un habitat particulier, à la fois diffus dans sa répartition et groupé dans sa forme : autour de l’exploitation originelle venaient s’agréger d’autres constructions. On avait alors plusieurs habitations et leurs dépendances groupées autour d’une cour centrale appelée « placeau », avec une grange et un puits communs. Quelques traces de ces propriétés subsistent encore aujourd’hui en Sologne méridionale.
Après la guerre de Cent ans, l’exode rural sévit si bien que les hameaux se vidèrent en même temps que les « personneries » de désagrégeaient. Ils furent remplacés par des métairies, doublées d’une ou deux petites exploitations auxquelles elles étaient liées par contrat : les « locatures ».
De manière générale, l’eau est également un vecteur d’implantations particulières : la présence permanente de l’eau, facilement accessible par le creusement d’un puits, a favorisé l’habitat isolé. 

Centre village de Souvigny-en-Sologne, dont l’église du XIIe siècle est joliment mise en valeur par un espace public de qualité     Aménagement de bords de chaussées enherbés, valorisant l’ambiance champêtre de l’entrée de village, Vernou-en-Sologne

Centre village de  Marcilly-en-Gault, peu mis en valeur par une haie taillée persistante qui ne correspond pas à l’ambiance forestière des villages solognots

Aujourd’hui, les villages présentent  des centres anciens bien préservés. Les espaces publics apparaissent généralement mis en valeur, soigneusement aménagés et associés à l’herbe. Il arrive cependant que des plantations non adaptées au contexte forestier nuisent à l’ambiance générale des centres, comme des haies persistantes, opaques au regard, par exemple. 

Château de La Ferté-Imbault, dont la reconstruction en brique date du XVIIe siècle     Quartier résidentiel en sortie de Salbris

Zone d’activité banale en sortie de Romorantin-Lanthenay

Les villes les plus importantes possèdent elles aussi un patrimoine bâti remarquable : le château de la Ferté-Imbault ou le moulin de Romorantin-Lanthenay le rappellent. Mais elles sont aussi marquées par une banalisation de leurs périphéries, comme à Salbris ou Romorantin-Lanthenay. Leur croissance récente et rapide n'a pas su s'inspirer des qualités d'urbanisme des centres anciens.

Une architecture « coquette » très valorisante

Centre bourg de Vouzon, entièrement construit de briques     Ancien corps de ferme en pans de bois et torchis, Bonvau, la Ferté-Saint-Cyr

Jolie maison de bourg construite en brique et décorée de motifs, Chaumont-sur-Tharonne     Rue du centre bourg en brique et calcaire, la Ferté-Saint-Cyr

La Sologne est riche de son patrimoine bâti, qui contribue grandement à sa qualité paysagère. Les habitations de brique aux tons chaleureux prennent volontiers des dimensions de maisons de poupées, fleuries, soigneusement décorées de frises et de motifs travaillés dans l’appareillage des murs. Leur aspect coquet contraste de façon radicale avec l’austère massivité –non moins belle- des fermes Beauceronnes juste de l’autre côté de la Loire.
La brique, présente sous différentes formes et différents tons, apporte chaleur et douceur au bâti. Des motifs en damiers, croisillons ou losanges viennent diversifier le travail des façades et s’ajoutent à un subtil jeu de relief donné par des briques en avancée par rapport au nu du mur, des corniches soignées et l’apparition ponctuelle de pierres de taille empruntées aux vallées de la Loire ou du Cher.
La brique domine du fait de l’absence sur place de matériaux rocheux et de l’abondance, à l’inverse,  de l’argile. Pourtant, sa généralisation qui imprime une si forte personnalité au paysage construit Solognot, est récente et ne date que de la seconde moitié du XIXe siècle. Auparavant les constructions à pans de bois étaient majoritaires sur l’ensemble du territoire. Devenues rares, elles sont souvent valorisées comme éléments forts de patrimoine.

Ferme traditionnelle dont les pans de bois sont complétés par la « chantignolle » disposée en « feuille de fougère », carte postale

La construction traditionnelle à pans de bois solognote diffère de celle du Perche par la substitution de la brique au torchis : si elles sont toutes deux basées sur un sous-murage maçonné, l’usage d’une brique particulière, appelée « demi-brique » ou « chantignolle », disposée en arrêtes de poisson, ou, selon l’expression consacrée, en « feuilles de fougères »,  permet un remplissage des poutraisons à la place ou en complément du torchis.

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