Atlas des paysages
du Loir-et-Cher
CAUE 41      Plan du site | Imprimer la page | Recherche | Lexique | Contact

Accueil » Unités de paysage » 4/ La Beauce » Description

Description


Un paysage de ciels et de silhouettes

Vaste plateau Beauceron, Villexanton

Le ciel de Beauce dans toute son immensité, Mézière, commune de Verdes     Vastes horizons dégagés, Boisville, commune de Membrolles

Silhouette urbaine caractéristique de la Beauce, marquée par l’église, le silo agricole et le château d’eau

La Beauce est souvent comparée à un « océan » de blé, ou à un « désert » fertile. On y retrouve en effet la même sobriété épurée, radicale, où les immensités ouvertes et aplanies révèlent finalement moins la terre que le ciel. Dans ce paysage tendu vers l'horizon, les silhouettes prennent une importance inhabituelle. L'oeil glisse sur les étendues cultivées et s'arrête sur les silhouettes des villages, des clochers, des châteaux d'eau, des silos et, à une autre échelle, sur celles des éoliennes. Lorsque, à la faveur d'une inflexion légère de terrain, aucune verticale n'apparaît, le paysage bascule dans l'abstraction, sans repère d'échelle.. Les arbres ne font ici qu'accompagner le bâti, pas les champs. C'est cette pureté radicale qui fait une part de la valeur paysagère de Beauce, même si elle peut paraître  déconcertante. 

Légères ondulations d’un paysage aux lignes abstraites, Villesablon

Sur l'ensemble du plateau, des vallées sèches, issues d'un écoulement des eaux superficielles postérieur aux grandes glaciations du Quaternaire, dessinent de rares ondulations. Elles sont parfois marquées par une végétation particulière en thalweg, mais plus souvent l'agriculture occupe entièrement les terres, ne laissant qu'un discret fossé de drainage dans les inflexions.  Bien que très atténuée, ces amples vagues sont propices à la composition de scènes abstraites, sans repères tangibles, qui font l'originalité et la valeur de l'océan Beauceron.  Aux marges du plateau, à proximité du Loir, les affluents creusent plus vigoureusement le plateau beauceron, composant un paysage spécifique, plus nuancé, peuplé de petits bois et creusé de ruisseaux,  qui fait l'objet d'un chapitre distinct dans le présent atlas.
Au coeur du plateau, la Cisse, dont le cours aval est en eau, rejoint rapidement le val de Loire après avoir traversé en diagonale le sud de la Beauce. Si, à sa naissance, elle ne produit qu'un pli similaire aux autres vallées sèches, elle se creuse à partir du Bas Moron, à l'est de Conan tout comme son affluent la Sixtre, à partir de Maves, jusqu'à offrir des paysages bien différents de ceux du plateau. Elle compose alors elle aussi une nouvelle unité de paysage développée en tant que telle  dans l'atlas.

La grande culture en dominance

Vastes paysages couverts de céréales, Villexanton     Cultures d’asperges, Séris

Les calcaires lacustres de Beauce, issus du Crétacé, génèrent des limons francs et des terres argilo-calcaires très favorables à la culture. Le relief plat et la qualité des sols permettent de travailler dans de très bonnes conditions sur la majeure partie du territoire, engendrant un accroissement des surfaces parcellaires important et contribuant à  limiter autant que possible la présence d'obstacles, comme les arbres ou les haies par exemple.
Aujourd'hui, la taille des exploitations varie entre 45 et 300 hectares, mais la moyenne est de 60 hectares. Les paysages printaniers mettent en scène des océans de céréales ondulant au vent, tandis que les labours automnaux montrent une terre sombre et riche, soigneusement peignée par le soc des charrues.

Bien que les céréales dominent largement, d'autres productions comme la betterave à sucre, les asperges ou la pomme de terre sont également développées, notamment à proximité de la vallée de la Loire, apportant localement une pointe de diversité dans ces immensités découvertes.

La Forêt de Marchenoir : origine d’une diversité de paysages

Village « perché » de Marchenoir, qui profite d’un rehaussement du sol en lisière de forêt pour dominer l’espace agricole     Au XVIIIe siècle, autour de la Forêt de Marchenoir, les hameaux et villages étaient plus densément répartis que sur le reste du plateau agricole, carte des frères Cassini

Située au coeur de la partie départementale de la Beauce, et la traversant presque de part en part, la Forêt de Marchenoir  dessine un long  horizon forestier perçu à plusieurs dizaines de kilomètres. Sa lisière sombre visible à l'horizon vient parfois ourler les immensités céréalières, tandis qu'elle limite le champ de vision pour offrir des paysages plus intimistes lorsqu'on s'en approche. Certains villages ont d'ailleurs choisi de s'installer auprès de la forêt, voire même d'y former une clairière, à Saint-Laurent-des-Bois ou à Citeaux par exemple.
La Forêt de Marchenoir occupe un sol dont la mise en valeur difficile a justifié depuis bien longtemps d'abandonner les terres aux bois. Les argiles à silex qui couvrent le Perche s'étendent ici aussi en une bande qui prolonge la crête de  Fontaine-Raoul sur le plateau Beauceron. Cette couche superficielle recouvre les limons fertiles et le calcaire lacustre de Beauce, créant une proéminence de sols moins riches.
Cet événement dans la Beauce a permis de faire naître de nouvelles ambiances et une diversité qui ne se retrouve pas dans les étendues ouvertes et cultivées : la forêt, majoritairement privée, est conduite en taillis-sous-futaie.  
La forêt de Marchenoir délimite des paysages  subtilement différents de part et d'autre : au nord-est, la Grande Beauce qui s'ouvre sur l'Eure-et-Loir et le Loiret, et au sud-ouest, la Petite Beauce, ou Beauce Blésoise, qui annonce les gâtines de Touraine.

Une échelle de paysage particulière dans la Petite Beauce

les paysages de grandes cultures piqués de bouquets d’arbres, Séris

Alors que la Grande Beauce s'étend bien au-delà de la limite départementale vers l'est et s'étire en immensités caractéristiques, à l'ouest, le plateau est vite limité par la Loire et les confins de la Gâtine Tourangelle. La forêt de Blois constitue un second horizon boisé qui fait écho à celui de la forêt de Marchenoir. La Beauce change alors légèrement pour devenir ce qu'on appelle la Petite Beauce, ou Beauce Blésoise.  Ses horizons finis, caractérisés par des ondulations plus marquées qu'en Grande Beauce et piquées de bouquets d'arbres à l'approche du Val de Loire, instaurent des échelles de perception moins étendues, contribuant à créer des paysages plus humanisés, accentués par la perception des clochers et des silhouettes des villages se succédant. Les exploitations sont plus petites et les villages plus proches les uns des autres.

Petits bois plantés sur des parcelles entres les grandes cultures, Villexanton     Boisement mixte de résineux et de feuillus, Séris

De rares friches et bois en timbres poste ponctuent çà et là les étendues agricoles à la faveur d'affleurements calcaires ou argileux moins favorables à l'agriculture. Véritables radeaux végétaux perdus sur l'océan céréalier, ils constituent de précieux îlots de nature où la petite faune sauvage et le gibier peuvent trouver refuge.

Des villages groupés, accompagnés de jardins protecteurs

Clocher, château d’eau et silo, tels trois phares au milieu d’un océan agricole, Séris     Hameau de Villaugon, aux allures d’oasis arborée au milieu des cultures, commune de Mer

Rue bordée d’arbres et de jardins imbriqués dans le tissu bâti, Villexanton     Potager soigné en limite de village et d’espace cultivé, Villexanton


Les villages resserrés, isolés les uns des autres, se détachent nettement au milieu des immensités céréalières. Ils prennent parfois l'apparence d'oasis de verdure, en étant à la fois jardinés sur leur pourtour, ménageant des transitions végétales protectrices avec les étendues cultivées balayées par les vents, et à l'intérieur, à la faveur des cours ou des simples bas-côtés des rues et des chemins.

Des fermes fortifiées tournées vers l'intérieur

Ferme à cour carrée, construite en calcaire de Beauce, Bardy, Commune de Saint-Léonard-en-Beauce

Une certaine austérité et une grande solidité se dégagent des fermes, qu'elles soient isolées ou dans les hameaux. Elles s'organisent en cour carrée, fermée sur les quatre faces. Le portail est généralement de construction soignée : grande porte charretière et porte piétonnière traitées en arcs ou cantonnées de piliers. Le calcaire lacustre aux teintes grises est extrait à faible profondeur et affleure même dans les vallées sèches. Sa solidité en fait le matériau presque unique des constructions beauceronnes, contribuant à l'aspect massif des constructions. Le plus souvent, les moellons sont simplement équarris et montés « à la terre », mais on trouve aussi de la pierre sommairement taillée et maçonnée en chaînage d'angle ou aux entourages des fenêtres et portes.

Des routes qui glissent à la surface du plateau

Route paysage à l’horizon épuré caractéristique de la Beauce, Membrolles

Très épurées, les routes se posent à la surface des paysages qu'elles traversent. Le regard glisse sur les terres agricoles et s'accroche de temps à autres à un village qui vient grossir ponctuellement l'horizon.
De manière générale, elles forment un maillage régulier et homogène. Entre deux villages, les routes sont souvent droites et dépourvues de plantations. Lorsqu'elles entrent dans  le tissu urbain, elles dessinent généralement une courbe qui protège les villages contre les grands vents qui balayent le plateau. 

Elégant alignement de platanes entre le bois de Villemalin et Villeromain, au sud de Vendôme

A l'intérieur de ce réseau, lA10 et la RD 957 se distinguent : la première est peu visible mais constitue une fracture physique ponctuellement franchissable entre Beauce et Val de Loire, en doublant la RN152 ; la seconde est marquée par un alignement de platanes long de 4 kilomètres entre le bois de Villemalin et le village Villeromain. Cette route large et très empruntée, reliant Vendôme et Blois à travers le plateau, se place elle aussi à la limite entre deux paysages : ceux des grandes ouvertures de la Beauce à l'est, et l'amorce des gâtines de Touraine à l'ouest.

Des extensions urbaines et des réseaux aériens qui tendent à dévaloriser les paysages

Entrée du hameau de Villedieu, encadrée par des bâtiments agricoles de tôle aux couleurs disparates

Silo agricole imposant, implanté en marge du village, Boisville, Commune de Membrolles     Les couleurs « terre » des bâtiments agricoles, proches des nuances brunes ou sablées du sol, sont mieux adaptées au contexte beauceron que les couleurs trop claires comme celles de ce hangar blanc, très voyant. Izy, commune de Josnes

La radicale simplicité des paysages Beaucerons les rend plus fragiles qu'on ne croit : ils sont sensibles en particulier aux extensions bâties et aux réseaux aériens.
Autour des villages se lit la puissance de l'économie agricole, marqué par les silos monumentaux et les bâtiments d'exploitation récents de plus en plus vastes. Installés à l'extérieur des limites construites, ils entrent parfois en confrontation avec l'échelle des habitations et perturbent l'équilibre qui lie le village à son paysage : en se plaçant à l'écart du village, le long des routes, ils donnent une image d'étalement des villages et banalisent leurs entrées. L'usage de matériaux industriels aux couleurs trop claires ou l'absence de plantations marginalisent encore davantage ces édifices par rapport aux villages resserrés de calcaire gris.

Entrée sud de Moisy, où se construit une extension en bord de route     Nouveaux quartiers pavillonnaires n’assurant pas de transition douce entre l’espace agricole et l’espace bâti, et offrant une silhouette urbaine de médiocre  qualité, Oucques

Les extensions récentes d'habitations et d'activités marquent par endroits les paysages de Beauce ; localement, les bâtiments banalisent les entrées et sorties de villages : ils masquent les anciennes habitations qui donnent son caractère architectural et urbain au village ; ils oublient de ménager des transitions avec l'espace agricole, comme le font traditionnellement les potagers, jardins et vergers installés en limite de village. Ces phénomènes sont particulièrement marquants à Oucques et Ouzouer-le-Marché, où l'on voit nettement, en les abordant, la juxtaposition de constructions successives sans lien les unes avec les autres. 

Problème de réseau aérien au cœur des paysages de Beauce, Villaugon

La pureté des paysages agricoles de Beauce pâtit par endroits d'une « pollution » visuelle imposée par les réseaux aériens. Lignes à haute tension, mais aussi simples lignes électriques et téléphoniques piquées de banals poteaux de bois ou de béton,  apparaissent ici de façon plus sensible qu'ailleurs : elles cassent la sobriété des paysages, et rompent leur dimension abstraite qui fait la part la plus originale de leur personnalité. Quant aux bouquets d'éoliennes, ils fleurissent davantage hors du département ; c'est plutôt leur multiplication qui est en jeu, avec le risque d'une saturation « industrielle » des purs horizons agricoles Beaucerons.

Haut de page

Agence Folléa-Gautier, paysagistes-urbanistes
Ne pas reproduire sans autorisation
FEDER Centre   L´Europe en région Centre  DREAL